On court pour la distance et non pour le temps…

J’avais besoin d’un nouveau défi pour faire suite aux trois marathons de cette année. En discutant avec mon collègue de travail; Luc P., il m’a convaincu de m’inscrire à mon premier ultra, sur un circuit plat, d’ouest en est de Montréal. Il s’agit de la course Trans-Montréal (attention aux recherches Google, le titre peut amener des résultats hors contexte!) Il s’agit d’une course de type « Fat Ass », en autonomie partielle, avec deux ravitaillements. On traverse neuf villes et arrondissements. Bref, le défi était de faire une longue entre amis à un rythme confortable. Mon objectif n’était pas de réaliser un chrono, mais bien de faire les 60 km, pour ainsi courir ma plus grande distance à vie. Je l’avoue, j’avais la chienne de ne pas réussir.

Cette semaine, je n’ai pas couru et j’ai visité mon chiro pour une douleur sous le pied, il m’a diagnostiqué une fasciite plantaire. Il a travaillé ma jambe, m’a donné des conseils, mais j’étais conscient que le 60km serait probablement ponctué de quelques douleurs, mais j’étais prêt pour ce défi. Je me disais que je pourrais me reposer par la suite.

Il est 4h30 du matin,  j’ai dormi comme un bébé. Pas comme une nuit d’avant marathon. J’avais préparé mon sac, mes bleuets séchés, mes fraises séchées, mes souliers Math Sport. Je m’installe pour déjeuner, je regarde ma montre. Oups! Elle ne démarre pas. Je l’aurais bien laissée là, mais Geneviève devait me suivre en live tracking pour savoir quand venir m’attendre au fil d’arrivée. En fouillant sur internet, je réussis à la « reseter », je vais donc pouvoir courir avec ma montre. Je sors à l’extérieur cinq minutes avant l’heure prévue de mon transport. Cinq secondes plus tard, je retourne attendre à l’intérieur… le froid est désagréable pour rester planté dehors habillé en coureur.

Le trajet en voiture jusqu’à Senneville est interminable… ça nous met en contexte qu’on s’en va faire une vraie longue course. De Senneville à Rivière-des-Prairies, c’est une longue ballade pour avaler des kilomètres sur la piste cyclable. En arrivant là bas, j’attache mon dossard en diagonale sur mon manteau, et l’on écoute les dernières consignes du directeur de course qui se dépêche pour qu’on ne gèle pas sur place!

ultra-groupe-depart

Au départ, nous sommes un groupe de plusieurs coureurs : Luc, Dmitri, Alex, Julio, Éveric et Jaime qui s’entraîne dans son quartier. Le rêve envahit nos pensées en regardant les maisons de Senneville. J’ai découvert ce village où les demeures luxueuses sont coutumes. Je ne me sens pas comme dans une course, c’est plus comme une longue run entre chum. On jase en masse, en français en anglais ou en espagnol (pas moi quand même!) Pour ma part, j’ai camouflé ma montre sous le manteau, je refuse de la regarder, je veux courir aux feelings. Mais l’intelligence du téléphone d’Éveric nous balance le rythme à voix haute. Nous sommes un peu trop vite, on ralentit le rythme. Entre le départ et le premier ravito, j’enfile quelques bleuets séchés comme gâteries gustatives.

pointeravitaillement

Mon pied est sensible dès les premiers kilomètres, mais je parlerais davantage d’inconfort que de douleurs. En jasant, j’oublie facilement cette réalité. Un peu après le demi-marathon, on croise la première table de ravitaillement. C’est la première fois de ma vie que j’arrête pour manger pendant une course. Je mange du melon d’eau, des clémentines et un bon baklava, en plus de diluer mon eau avec du Gatorade. On échange un peu avec les coureurs et l’on repart à l’aventure. 

J’ai ensuite couru avec Luc, à un rythme un peu plus rapide, jusqu’au deuxième ravito, vers le 38e km. Par contre, depuis quelques minutes, je souffre de plus en plus en silence. J’ai mal au pied, mais ça semble s’étirer jusqu’au côté du genou. Mais l’orgueil me fait avancer, et je répète dans ma tête : « Un pied devant l’autre jusqu’au bout. » Au deuxième ravito, on jase un peu plus longtemps. Et Luc et moi on repart vers le fil d’arrivée, mais on entend crier derrière nous! Oups, on s’en allait dans la mauvaise direction!!

ultra-post ultra-pause

Le retour au pas de course est pénible, le mal s’intensifie, au 47e km, je marche, le côté du genou est douloureux, ce n’est pas particulièrement agréable. Il ne reste que 13 km, d’habitude je dirais que c’est une petite distance, mais là je vois une montagne insurmontable. Rapidement, je dis à Luc de partir faire sa course, car honnêtement j’envisage même de marcher les treize derniers kilomètres.

Et c’est là que l’aventure de mon premier ultra a débuté. J’alterne marche et course, mais plus les kilomètres avancent, plus le ratio de marche l’emporte sur celui de course. Et j’ai froid! j’ai vraiment froid! Je ne bouge pas assez. Quand je marche, j’essaie de maintenir un rythme sous les 9:30/km. Quand les coureurs me dépassent, ils vérifient TOUS si je suis correct. Quand Alex me dépasse, il vérifie même si j’ai assez de bouffe et d’eau. C’est là que j’ai compris ce que mes amis me répétaient. Dans une épreuve du genre ce n’est pas individualiste, personne n’hésite à te venir en aide.

Au 54e km, je suis découragé, j’arrête pour essayer de masser ma jambe, mais je n’ai pas assez de force pour être efficace. Je vois un groupe de trois qui arrivent en courant. Je recommence donc à marcher d’un pas décidé, mais honnêtement, j’envisage de téléphoner à ma femme pour venir me chercher et tout abandonner. Et c’est là que les trois gars inconnus viennent me tendre la main, et ils réussissent à me convaincre de les « accrocher » jusqu’à la fin. J’accepte en me disant qu’au bout d’un kilomètre je vais surement marcher à nouveau et les laisser aller. Mais dès que je ralentissais, le meneur revenait derrière moi et me poussait à continuer. C’est comme cela que j’ai réussi à me rendre jusqu’à l’arrivée. Merci à vous trois!!!!

Le mal est toujours présent, mais je serre les dents et j’avance. C’est alors qu’au loin, je vois ma femme et mes deux gars. Je hurle ma joie de devenir ultra-marathonien, les yeux pleins d’eau, je retrouve de l’énergie et je « sprint»  jusqu’à la ligne d’arrivée, mais j’hésite entre ma famille et le fil d’arrivée. J’opte pour le deuxième choix, et rapidement je me dirige avec Geneviève et Simon que j’enlace, le plus grand est debout à côté, mais il est là quand même. Je pense que je les ai surpris par mon émotion, mais 60 km ou 6h10 de course ça brasse les émotions!

Voici le résumé STRAVA de mon premier ultra

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Et merci à Alex, car il m’a fait pensé de réclamer ma médaille. J’ai mangé un peu, et rapidement j’ai été me réchauffer dans la voiture (mais je n’ai pas entré rapidement dans la voiture!). De retour à la maison, j’ai pleuré le fait que ma chambre est au sous-sol! 🙂

Je termine en disant que JAMAIS je ne ferai de 100 km

Mais je dois préciser que j’ai aussi dit que je ne ferais jamais de marathon et d’Ultra. hahahaha!!!

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