Fier de mon premier 100km, mais j’aurais dû abandonner!

J’ai toujours carburé aux défis, et quand j’ai vu l’opportunité de participer au MRSQ 100km, j’ai sauté sur l’occasion à pieds joints et je me suis inscrit, les yeux fermés, sachant que j’avais un volume suffisant pour affronter mon premier ultra de 100 km. Rapidement, Éveric L. s’est inscrit pour m’accompagner dans cette belle folie.

La journée précédant la course, j’ai été voir mon beau-frère Mike (ou plutôt ses cendres) et je lui ai demandé de prendre soin de moi pendant la course. Hmmm je pense qu’il avait de la cendre dans l’oreille, car il y a quelque chose qu’il n’a pas saisi!

Par la suite, j’ai essayé de dormir, mais j’étais comme un enfant qui attend le Père Noël. Je fermais les yeux, mais les idées dansaient la lambada dans mon esprit. Bref, j’ai été incapable de me reposer. Mais quand ce fut le temps d’aller chercher Éveric pour le départ au sommet du Mont-Royal, j’étais les yeux grands ouverts, propulsé par l’adrénaline de la grande course.

Nous nous sommes stationnés sur la rue Ridgewood et avons marché jusqu’au chalet pour nous dégourdir les jambes. À cet endroit, il y avait plein de coureurs aussi passionnés les uns que les autres. Une belle communauté qui écoutait le grand manitou de l’évènement : Pierre Faucher, nous dicter les dernières consigne avant de s’élancer pour une nuit animée par la passion commune de la course à pied.

La course

Mes Math Sport dans les pieds, je devais descendre la montagne, avec la lampe frontale pour éviter de faire un DNF dans les cinq ou six premiers kilomètres à cause d’une cheville tordue dans du fumier des chevaux de la police montée. Avouons que ça aurait été un dénouement pas mal pénible sur l’orgueil!

Une fois sortie de la montagne, on a installé la musique dans le sac à dos de mon partenaire de course. Nous allions courir 100 km avec de la musique! À partir de là, c’était clair qu’Éveric était ma boussole, car j’ai 0 sens de l’orientation! Hahahahahahahaha! Je pense que ma boussole avait un défaut de fabrication, car une fois sous le pont Jacques-Cartier, à la hauteur de René-Lévesque, il était évident qu’on avait oublié de tourner quelque part, car nous devions traverser le pont, pas passer en dessous; je ne suis pas un assez bon nageur. Bref, nous avons dû rebrousser chemin et savions que désormais, il faudrait franchir 101.5 km au lieu du 100 km prévu au MRSQ.

Déjà, mes jambes étaient plus lourdes qu’à l’habitude, mais je n’en ai pas fait un plat, c’était probablement à cause de la fatigue causée par la nuit que j’utilise habituellement pour me laisser bercer dans les bras de Morphée.

Avant même la barre psychologique des 30 kilomètres, je me plaignais de maux de jambes, jusqu’aux pieds. Ce n’est pas tellement normal pour un gars en forme comme je suis. Je demandais à Éveric d’alterner marche et course, car j’étais à bout du rouleau. Honnêtement, dans ma tête, le scénario de l’abandon au 50 km de Beaconsfield résonne en monologue intérieur à l’abri de mon partenaire de folie. Pendant une pause, j’ai descendu mes chaussettes à la cheville; c’est alors que je me suis rendu compte comment mes jambes étaient enflées.

Par contre, alors que le soleil se levait, mes jambes ont ressuscité. Au même moment, celles d’Éveric devenaient de plus en plus lourdes. Les rôles se sont inversés. À partir du Tim Horton de Beaconsfield, nous avons survécu en alternant marche et course, en marchant de plus en plus. Éveric avait l’impression de me ralentir, mais j’avoue que j’étais bien content, car la douleur était encore présente.

Je me motivais, en me disant que le relais du km 74.5 (pour nous!), mené par mon ami Luc P. saurait me redonner un peu de vigueur, qu’il pourrait doper mon mental, car il comprenait ce que je vivais. Vers le km 73, près de l’intersection de la rue St-Patrick, nous croisons Mathieu V. qui fait son jogging après avoir écouté nos vidéos Facebook. J’ai alors dit à Éveric, que j’allais essayer de courir en continu jusqu’à la table de Luc. Je suis donc parti seul avec un bon rythme et sourire aux lèvres. Maintenant dans mon sofa, je remarque que ce kilomètre en 4 :56/km, après 73 km d’effort! J’en suis impressionné, mais ce que je ne savais pas c’est que mon corps commençait à me laisser tomber tranquillement.

À mon arrivée à sa table, j’étais content de voir des amis qui s’étaient déplacés pour m’encourager dans ce projet de fou. J’avais même mon ami Caro D. qui avait ses souliers de course, pour continuer la ballade avec moi. J’ai profité de cet arrêt pour rigoler avec les enfants, manger des Smarties, des beignes, boire du café et de l’eau. Je me sentais sur un nuage, j’avais accompli plus du trois quarts du défi. J’étais sur l’adrénaline, j’avais l’air en pleine possession de mes moyens. Mais je continuais à avoir mal en silence aux jambes et au pied gauche en particulier. Dans le creux de l’oreille, je demande à Luc s’il a des Advil. Je me souviens qu’il est parti regarder, mais je ne me souviens pas qu’il m’en a donné. C’est lui, quelques jours plus tard, lors de mon hospitalisation, qui a confirmé m’avoir finalement donné des Tylenol. C’était le début d’une longue confusion dans cette aventure.

Après près de trente minutes, je suis parti avec Éveric et Caro jusqu’à Atwater pour voir ma famille avant la conquête du Monstre Royal. On continuait l’alternance marche et course, jusqu’au moment où Éveric a cessé de courir pour faire son coming out. Nous étions à peut-être 77km (compte tenu de nos km d’extras). Il nous annonce que nous allons continuer seuls, qu’il abandonnait. J’ai essayé de le convaincre, car j’avais peur qu’il regrette sa décision. Mais au fond, je le trouvais intelligent, et je lui lève mon chapeau.

Plus les kilomètres avançaient, moins j’étais capable de boire et manger, mais je me disais que la majorité de la course était passée. Ça ne m’inquiétait pas outre mesure, je me rendais plus ou moins compte, c’est mon ami Caro, qui n’arrêtait pas de me dire de boire davantage. Je prenais de petites gorgées timidement, car ça me donnait des nausées.

À Atwater, autour du 83e km, ma famille m’y attendait. Mes deux fils, mon neveu et ma femme étaient présents pour m’encourager. Mon seul objectif était de les rassurer pour ne pas les inquiéter. Je les ai quittés pour mieux les rejoindre au Parc Lafontaine, car les enfants allaient m’accompagner pour la fin de la course.

La table de ravitaillement suivante, j’ai rencontré Emmanuelle D. J’étais content de retrouver une autre coureuse qui pouvait comprendre la détresse silencieuse qui m’habitait. En plus, elle avait de l’expérience dans les ultras. J’étais content que mon ami Caro m’accompagne depuis la table de Luc, mais je sentais que je l’inquiétais. De retrouver une autre coureuse me donnait un peu des ailes.

Mais à partir du pont de la Concorde, nous avons décidé de seulement marcher d’un bon pas, car la douleur était trop présente et en plus, la différence de vitesse était imperceptible. C’est ainsi que tranquillement nous avons rejoint les enfants au parc Lafontaine pour nous diriger au Mont-Royal. Caro est pour sa part partie chez elle après plusieurs kilomètres à me supporter d’une façon incroyable.

J’avoue qu’au soleil de la rue Rachel, dans le silence, un poteau m’a maintenu debout, car je me suis mis à me sentir très étourdi. Mais il n’était pas question de m’effondrer devant les enfants, et au seuil de la montée finale. Je me suis ressaisi, et une fois dans la montagne, l’ombre m’a donné un peu d’énergie.

Après la boucle autour de la croix, Emmanuelle et moi avons décidé de faire les derniers mètres à la course, pour le principe de terminer le 100 km en courant. Les enfants nous suivaient. À notre arrivée au belvédère, il y avait Laura, du Tribe run club, qui nous filmait et nous encourageait. Nous nous sommes dirigés jusqu’à l’arrivée, les bras vers le ciel pour célébrer l’accomplissement.

photo: Alex Gendin

Médaille au cou, je me suis assis et j’ai essayé de boire une bière. Mais j’ai été incapable, les nausées m’habitant de façon trop intense. Mais j’avais le sentiment de fierté d’avoir accompli cette épreuve de 100 km!

À mon retour à la maison, j’ai enlevé mes chaussures et j’ai compris que la douleur n’était pas simplement dans ma tête. Mon pied gauche était très enflé et douloureux. Je me suis installé sur le sofa et j’ai dormi. Même pas de douche, j’étais en KO technique. J’essayais de boire un peu d’eau, mais le cœur me levait. Ça ne m’inquiétait pas tellement, c’était normal, j’étais fatigué.

Le lendemain, c’était la même chose; l’eau ne voulait pas entrer librement, et je me sentais fatigué. Je me suis dit que j’allais allez voir mon docteur entre les deux rendez-vous prévus pour mes fils le mardi. Mais c’était pour montrer mon pied, j’étais encore trop naïf pour me rendre compte que mon corps n’allait pas.

Le mardi venu, l’eau et la nourriture n’entraient pas encore et là je commençais à être un peu, pas mal confus. Pour me rendre chez le médecin, j’ai décidé de prendre un taxi au lieu de conduire, car je me sentais avec les facultés affaiblies.

L’hospitalisation

J’étais content de voir le doc; mon pied on traite cela comme une fracture de stress même si on ne voit rien à la radiographie. Donc ça commence avec un arrêt de course à pied pour l’été. D’habitude ça m’aurait coupé les jambes, mais là excusez mon langage, je m’en câlissais. Il m’a aussi invité à aller prendre des prises de sang à l’hôpital. Je me suis donc dirigé en marchant jusqu’au centre hospitalier de Verdun. Ce fut une marche très pénible.

Après la prise de sang, je suis revenu à la maison en transport en commun. Je savais que quelque chose ne fonctionnait pas. Mon corps hissait le drapeau blanc, il voulait juste se reposer. En arrivant chez moi, je me suis traîné jusque dans mon lit, et pas tellement longtemps après, mon cellulaire a sonné, et je ne connaissais pas le numéro. Je savais très bien que ce n’était pas bon signe. C’était mon docteur, qui m’expliquait que les résultats n’étaient pas tout entrés, mais que mon nombre de Ck est anormalement élevé, quelque chose comme 36 000 alors que la normale est 100. Bref, beaucoup de chinois dans mes oreilles, mais il termine en me demandant de me diriger à l’urgence pour une hospitalisation d’au moins 24 heures.

J’ai donc téléphoné ma femme pour qu’elle m’y transporte. Ayant déjà manifesté son désaccord pour ma participation à cette course, disons qu’elle n’était pas la plus contente. À l’urgence, j’ai passé du tri à la civière dans le corridor. Aucune salle d’attente, j’étais sur le soluté en l’espace de quelques minutes.

Je suis rentré à l’hôpital, le mardi 27 juin vers le souper et je suis ressorti le 30 juin après-midi. Je n’étais pas encore à 100%, mais un retour à la maison ne pouvait qu’être profitable pour la guérison.

Le mercredi suivant, j’ai revu le néphrologue qui m’a expliqué le terme de rhabdomyolyse qui s’applique essentiellement à la rhabdomyolyse aiguë correspondant à la destruction des cellules musculaires composant les muscles striés (muscles volontaires, contrairement aux muscles lisses qui sont des muscles automatiques) associés à une libération de myoglobine (protéine musculaire) qui passe dans le sang et les urines, provoquant alors une myoglobinurie. Il en a profité pour me faire prendre conscience que j’avais été chanceux malgré tout.

Mais pourquoi avoir eu ce problème? C’est encore un peu flou, mais ce n’est pas une question de simple déshydratation. Il y a d’un côté l’aspect de la vulnérabilité de base pour des raisons médicales personnelles. Il y a aussi l’utilisation d’Ibuprofen pendant la course, qui est une pratique qui n’est pas du tout recommandée. Voici un article anglophone à ce sujet : http://med.stanford.edu/news/all-news/2017/07/pain-reliever-linked-to-kidney-injury-in-endurance-runners.html  et en plus, j’avais lu l’article à ce sujet de mon docteur : http://distances.plus/entrainement/anti-inflammatoires-coureur-course-effets-secondaires/ , mais vous savez bien que ça arrive juste aux autres. J’aurais dû abandonner au 50ième km, mais le désir de se surpasser est souvent plus fort que la raison.

Ce n’est pas terminé, le temps arrangera les choses, ma pression devrait revenir à la normale et je vais retrouver mon énergie. Mais qu’est-ce que je retire de cette aventure? Je ne regrette pas ma course, j’ai eu un plaisir fou, comme jamais. Le MRSQ est un évènement que je suggère à tout coureur en forme malgré ma mésaventure. Mais, j’ai eu peur. J’ai perdu le contrôle de mon corps, et je n’ai pas aimé me retrouver à l’hôpital, mais j’ai réalisé quelque chose d’incroyable et j’en suis fier.

Est-ce que je vais refaire des ultras? Je ne dis pas jamais, car je ne suis pas crédible, mais j’ai fait mon 100 km, et pour l’instant c’est amplement suffisant. Par ailleurs, en discutant avec le néphrologue, je me suis rendu compte que j’ai probablement eu des épisodes du genre (de moindre ampleur) lors du marathon d’Ottawa, Montréal et même peut-être des érables. Chacun de ces trois marathons : j’étais confus, je n’ai pas bu et manger avant plusieurs heures après la course. Bref, je suis probablement plus fragile que d’autres à ce niveau. Alors je me suis dit que si j’attaquais le marathon à nouveau, il faudrait que je le fasse rapidement pour éviter d’être dans le trouble.

Mais je vais commencer par guérir, et à l’automne, je recommencerai la pratique du coureur navetteur, mais sans compétitions en tête. Juste courir pour s’évader et se déplacer.

Résumé Strava du MRSQ

2 Comments

  1. Je te souhaite un bon rétablissement . Je ne savais pas que ce problème existait. Tu as tout de même complété ton 100 km. Bravo👍

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